Les Pyrénées du 21 siècle (v): la technologie

mai 1st, 2016
 
Clinometer

Clinomètre

Voici le dernier article sur les montagnes modernes : les Pyrénées 2.0.

On trouve un signal téléphonique dans certaines vallées et autour des stations de ski. Au-dessus de 2400m, oubliez le mobile, du moins en tant que téléphone. Justement, l’une des richesses de la montagne c’est la possibilité de se déconnecter. S’il vous plait.

N’empêche… mon appli favorite c’est le clinomètre

Puis on ne peut pas oublier le GPS. Pas seulement pour les randonneurs, mais aussi pour les animaux. De temps en temps un de la trentaine d’ours dans les Pyrénées en portera un, question de pouvoir suivre ses déplacements, mais actuellement aucun n’est équipé.

Pareille pour les chèvres. Moins de 200m/h elle rumine ; entre 200m et 1000m elle broute ; plus de 1000m et il vous faut sortir la ramener. Idem pour les chiens qui ne reviennent pas. Un bon chien de chasse vaut de l’or.

Tout bouquetin qui se respecte porte un collier GPS/radio qui vaut 2500€.

 

Bouquetin 2.0

Bouquetin 2.0 en Ariège © Jordi Estèbe, Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises

 

Les Pyrénées du 21eme siècle (iv) : à la ferme

avril 7th, 2016
 

Voici le quatrième volet dans ma série sur le Pyrénées en évolution.

La vente directe du producteur au consommateur existe dans les Pyrénées, mais elle me semble moins développée qu’en Angleterre. Ici je voudrais simplement signaler quelques faits qui m’ont marqué lors de mes traversées de la chaine.

 

Si les vaches ne veulent pas aller à la ferme, la ferme ira aux vaches

Si les vaches ne veulent pas aller à la ferme, la ferme ira aux vaches

 

J’ai vu cette machine à traire mobile près du Col de Pause en Ariège. L’éleveur m’a expliqué que les vaches montent au fur et à mesure que la saison avance, à la recherche de l’herbe fraiche. Au lieu de les faire descendre à la ferme pour la traite, il fait progressivement monter sa machine.

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Les Pyrénées du 21eme siècle (iii) : de la glace et du feu

mars 14th, 2016
 

Les Pyrénées ne sont pas figées dans le temps tel une vieille carte postale. Voici un troisième article sur les nouvelles Pyrénées.

 

Rhododendrons et genêt dans la vallée de la Grava sur le GR10

Rhododendrons et genêts dans la vallée de la Grava sur le GR10

 

En plus des réintroductions, ce siècle verra d’énormes changements dans la nature. Le piedmont se referme avec les pâturages délaissés envahis par des rhododendrons, des genêts et des arbustes. Ils auront beau avoir une jolie mine ; c’est toutefois le début de la décadence. Plus haut la pourriture est aussi visible. Read the rest of this entry »

Les Pyrénées du 21eme siècle (ii) : chemins de traverse

février 23rd, 2016
 
Romedo de Dalt sur le chemin des Montagnes de Liberté

Romedo de Dalt sur le nouveau chemin des Montagnes de Liberté

 

Vues de loin, les Pyrénées sortent du temps, un archétype de chaine de montagnes. Mais je me rends compte combien mon monologue intérieur est bourré de clichés romantiques. C’est pourquoi je veux écrire sur l’actualité du 21eme siècle. Voici le deuxième volet.

Mis à part l’arrivée de la LGV (2013) et de la THT (ligne de haute tension – 2015), heureusement souterraines toutes les deux, quelles sont les autres nouvelles ?

Le Chemin de Saint Jacques de Compostelle

Église à Roncevaux

Église à Roncevaux

Il n’est plus simplement une longe randonnée ; depuis l’an 2000 le Chemin est devenu un phénomène de société. Le nombre de randonneurs traversant les Pyrénées a plus que quintuplé. Cette étape, entre St-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux, est réputée être l’une des plus dures de ce GR. Malgré cela, déjà en 1999 9.318 randonneurs passaient par l’office français du Chemin pour faire composter leur credencial avant d’entamer la montée. Quinze ans plus tard ils étaient 53.972. [statistiques] Si ce chiffre ne vous surprend pas, considérez ceci : en 1978 seulement 13 pèlerins [statistiques] sont arrivés à la cathédrale de Santiago. A St-Jean-Pied-de-Port on ne comptait même pas.

Pourquoi cette augmentation, j’ai demandé au responsable du bureau ? Ce n’est pas un regain de la foi, me dit-il. Elle s’explique partiellement par l’inscription du Chemin sur la liste du Patrimoine Mondiale (1993), mais aussi par la RTT (2000) et puis par un effet de boule de neige : plus de randonneurs égalent plus de refuges, égalent journées plus courtes, et encore plus de randonneurs.

La Retirada

En mémoire des centaines de milliers de Républicains espagnoles qui préféraient vivre en exile à se soumettre au fascisme. Plaque installé au Vajol par la Fondation Negrín, 1 février 2010

En mémoire des centaines de milliers de Républicains espagnoles qui préféraient vivre en exile plutôt que se soumettre au fascisme. Plaque installé au Vajol par la Fondation Negrín, 1 février 2010

La retraite, 1939. Pendant soixante ans on parlait très peu de ce désastre humain, mais depuis vingt ans il est entré dans le canon sacré d’histoires qui définit la montagne, surtout pour les catalans.

Un demi-million de réfugiés traversaient les Pyrénées. Mais pourquoi l’évènement a-t-il été caché ? Parce que Franco, au pouvoir jusqu’en 1975, évitait d’attirer l’attention. Puis, sous les gouvernements de transition successifs, le « Pacte de l’oubli » censé éviter des récriminations, l’a enterrée. Ainsi, seulement quand les participants commençaient à mourir, est-il que leurs petits-enfants commençaient à déterrer ces mémoires longtemps refoulées.

Musée d’Exile à la Jonquera (Catalogne)

Musée d’Exil à la Jonquera (Catalogne)

De nombreuses plaques en souvenir de la Retirada ornent les villages frontaliers. Des chemins de grandes randonnée transfrontalier retracent le parcours des réfugiés. A la Jonquera, le Musée de l’Exil ouvere ses portes en 2007.

En France, les gouvernements français successifs n’ont pas été trop fiers non plus de ce qui s’est passé en 1939 : les réfugiés étaient parqués à Argelès-sur-Mer à même la plage, obligés à creuser dans le sable pour faire des abris de fortune – au mois de février. Ceux qui étaient toujours dans le coin fin 1940 furent envoyés au camp de Rivesaltes. Plus tard ce camp est devenu « le Drancy du la zone libre » pour les juifs cueillis dans les rafles.

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes (au nord de Perpignan) a été ouvert par Manuel Valls en octobre 2015.

 

Le musée propose d’écouter enregistrements de témoins oculaires de la Retirada sur fond de photos des événements, diaporama projeté sur les murs.

Le Mémorial propose d’écouter des enregistrements de témoins de la Retirada sur fond de photos des événements, diaporama projeté sur les murs.

Maquis

En mémoire de Quique et Celes, tombés pour la liberté. La plaque a été rajoutée pour le 50eme anniversaire de leur mort, dans une embuscade près de la frontière, près d’Espolla (Catalogne).

En mémoire de Quique et Celes, tombés pour la liberté. La plaque a été rajoutée pour le 50eme anniversaire de leur mort, dans une embuscade près de la frontière, près d’Espolla (Catalogne).

Ces vingt dernières années les maquisards espagnols ont été réhabilités. La Loi sur la Mémoire Historique, adoptée en 2007, érigeait un cadre administratif pour un processus déjà en développement. Dénigrés comme des voleurs de droit commun ou des bandits par la gendarmerie outre-Pyrénées, et peu connus hors d’Espagne, ils continuaient à harceler le régime franquiste bien après la fin de la guerre civile ; le dernier fut tué à Barcelone en 1965. Ils se planquaient souvent en France, traversant la frontière par la montagne.

Continua Pirineum

Le Continua Pirineum est un projet bien du 21eme siècle. Subventionné par l’Europe, il ambitionne recoudre les relations entre les communautés françaises et espagnoles, rappelant un temps quand les Pyrénées étaient moins une barrière qu’un terrain d’entente – et parfois de mésentente – entre voisins. Un exemplaire, entre tant :

Habillées en noir, arrivant en masse comme les hirondelles, ces jeunes espagnoles traversaient la crête frontalière pour aller travailler dans la manufacture d’espadrilles (entre autres). Mais contrairement aux oiseaux elles allaient au nord en automne pour revenir au printemps. A voir aussi Gérard Caubert : Etonnantes Pyrénées.

 

Hirondelles, golondrinas : le surnom donné aux jeunes espagnoles qui venaient travailler en France

Hirondelles, golondrinas : le surnom donné aux jeunes espagnoles qui venaient travailler en France

 

Parmi les projets du Continua Pirineum on trouve la réouverture de ces chemins transfrontaliers. La création de sentiers faits entre voisins sans planification est devenue un dossier sur la table d’un bureaucrate bruxellois.

Jean Ferrat aurait pu dédier ‘La Montagne’ aux hirondelles.

 

 

Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés…

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

 

 

Nouvelles des Pyrénées

février 9th, 2016
 
Yarn bombing : le 21eme siècle arrive aux Pyrénées (La Jonquera, 2014)

Yarn bombing : le 21eme siècle arrive aux Pyrénées (La Jonquera, 2014)

Je viens de voir un nouveau film : ‘Les Pyrénées, de l’Atlantique à la Méditerranée’ (Connaissance du Monde – trailer ci-dessous) qui m’a fait réfléchir. Le film montre les Pyrénées dans toute leur beauté, le cameraman en extase devant la majesté des cimes. Ça coche toutes les cases. Faut le voir, surtout si l’on ne connait pas les Pyrénées.

Si je suis un peu déçu, c’est parce que le film est trop beau. Malgré la présence de bergers et d’ours, personne n’élève la voix, personne n’est vraiment en colère. Rien ne risquait de faire sortir l’assistance âgée de sa torpeur digestive. Les montagnes du film sont jolies comme une carte postale aux paysages retouchés à l’aérographe de nostalgie. Ne pas déranger.

C’est pas comme ça que je vois les Pyrénées. La montagne, ça change.

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Attention danger : GPS et cartes espagnoles !

août 31st, 2015
 
pont d'Aulus les Bains

Carte Alpina espagnole (gauche) et carte IGN française (droite). Le décalage de la route départementale D8 (jaune) par rapport au quadrillage kilométrique est particulièrement flagrant

 

Méfiez-vous quand vous traversez la frontière pyrénéenne ! Les cartes espagnoles recèlent un piège pour le randonneur français équipé de GPS. Tout est décalé de quelques centaines de mètres !

 

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Les Montagnes de Liberté – quatre jours de randonnée dans les Pyrénées entre l’Ariège et la Catalogne

août 23rd, 2015
 
Cascade-d'Ars près d'Aulus-les-Bains

Cascade-d’Ars près d’Aulus-les-Bains

 

Site officiel du circuit : « Les Montagnes de Liberté »

Cette boucle pyrénéenne recèle de la haute montagne minérale, des lacs parfaits et des paysages bucoliques, mais aussi une histoire tragique, celle des conflits du 20eme siècle et de ses réfugiés. Tout comme ceux qui traversent la Méditerranée de nos jours, beaucoup n’arrivèrent pas au bon port. Aujourd’hui on emprunte ces sentiers pour le plaisir, avec un certain pincement au cœur devant les panneaux explicatifs.

Nous l’avons fait en quatre étapes.

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La nourriture déshydratée sur le GR10

août 16th, 2015
 

par Robin M

déshydrateur avec poires sèches

Déshydrateur avec poires sèches

 

Je prépare ma propre nourriture déshydratée depuis longtemps mais il y a toujours un problème quand on voyage à l’étranger. On m’avait assuré que mes repas déshydratés seraient les bienvenus (j’avais contacté les douaniers) mais une fois arrivé à l’aéroport on les a saisis.

La nourriture déshydratée pour randonneurs disponible dans le commerce laisse beaucoup à désirer. Personnellement j’aime manger frais. Je n’ai recours au déshydraté que quand je suis loin de la civilisation. Maintenant je n’apporte plus mes propres repas déshydratés quand je quitte l’Australie – mais je les préfère aux alternatives lyophilisés dégueulasses.

Et c’est là où se trouve une opportunité pour les habitants des Pyrénées. Je ne sais rien sur la règlementation alimentaire mais les gardiens de refuge tels Mathias et Adeline à Esbintz pourraient produire et vendre des repas déshydratés aux randonneurs. L’investissement dans un déshydrateur serait amorti avec la vente de moins de vingt repas.

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The shepherd’s life [La vie d’un berger] par James Rebanks

juillet 30th, 2015
 

Comme des brebis, nous nous sommes égarés

The shepherd's life by James Rebanks

The shepherd’s life by James Rebanks

Quand Haendel écrivit ces mots tirés de la Bible pour son époustouflant Messie en 1740 ils auraient eu une résonance émotionnelle même avec le public cultivé auquel son oratorio était destiné. Au 18ème, les villes étaient petites et la réfrigération inexistante ; on menait les troupeaux à travers les rues avant l’abattage. Environ 80% de la population vivait directement de la terre. Un compositeur du 21ème siècle devait écrire « le GPS m’a envoyé dans une carrière » pour avoir la même résonance avec ses auditeurs. La plupart d’entre nous ne voit des béliers que sur une vidéo de Shaun le mouton. Mais pour James Rebanks ces mots tiennent la même valeur qu’ils avaient pour ses ancêtres au 18ème. Le fil de laine n’a jamais été coupé.

Ainsi l’excellent Shepherd’s Life (Allen Lane, avril 2015) nous rappelle que la ruralité vue des villes est loin de celle vécue par les familles attachées à une montagne depuis des générations et qui mettent leurs mains dans le fumier quotidiennement.

Un nouveau mot : « hefted »

Le livre m’a appris un mot régional du Lake District (au nord-ouest d’Angleterre) : « hefted », dont il n’y a pas de véritable traduction française. « Enraciné » ne fait pas l’affaire. Quand Rebanks dit que ses brebis sont hefted à la montagne, il veut dire non seulement qu’elles y habitent de mère en fille depuis des générations, mais aussi qu’elles ont tondu la montagne, elles l’ont sculptée avec leurs dents. En contrepartie la montagne, de par ses exigences climatiques, les a tondues à sa façon, mangeant les moins adaptés avec ses hivers rudes.

Dans l’Occident, où la mobilité est considéré essentielle pour l’épanouissement personnel et professionnel, on peut prendre Rebanks pour excentrique, incapable de faire face aux défis du 21ème siècle ou bien réfractaire. Du moins cela était l’avis de ces professeurs. Le poète romantique Wordsworth et le randonneur Wainwright, des références quintessentielle pour les visiteurs modernes, n’étaient pas inscrit dans son ADN.

Pour moi, les pages les plus puissantes se trouvent au tout début. Il survole son adolescence et met en exergue l’incompréhension sidérante de ses profs quand il leur annonçait son destin – manque d’ambition ils disaient – de mettre ses pieds dans les bottes de caoutchouc de son père. Il quitta le collège dès qu’il pût.

Le livre est aussi un antidote fort au propos de George Monbiot étalés dans Feral : Rewilding the land, sea and human life [Devenu sauvage : l’ensauvagement de la terre, de la mer et de la vie]. Tandis que Monbiot fustige les brebis dans le centre du Pays de Galles où, selon lui, elles ont créé un « désert » avec une biodiversité appauvrie, Rebanks les adore, tout comme son père et son grand-père. Ce sont ces derniers et leurs confrères qui ont créé le Lake District que nous aimons tant.

Dans son livre, Rebanks raconte le quotidien d’un éleveur à travers les quatre saisons en parallèle avec son histoire personnelle. Grâce au travail patient de ses ancêtres conjugué avec son esprit fougueux il a su bâtir une entreprise qui peut vendre un seul bélier de la race Hardwick pour £5000 (6900 euros). Cela ferait déjà bien de la matière pour un livre remarquable mais il y en a plus. Au beau milieu du livre il nous dévoile une autre clé à sa personnalité.

[Le lecteur qui préfère garder la surprise doit s’arrêter ici !]

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Pic de Crabère

juillet 20th, 2015
 

L’approche au Pic de Crabère est raide mais pas dangereuse. À côté de la Traversée des Pyrénées (GR10), on peut atteindre le sommet dans la journée mais en genéral les randonneurs dorment au refuge d’Araing et montent les 700m de dénivelé qui restent dans la fraîcheur du matin.

hélicopter au refuge d'Araing

Jour I : on ne peut pas tout prévoir

Heureusement, les accidents sérieux, c’est pas tous les jours.

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map of GR10

 
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