La randonnée à raquettes en toute sécurité (2) : techniques et technologie

Cet article est également disponible en: Anglais

Rando-raquettes près du Chioula, Aude

Rando-raquettes près du Chioula, Aude

 

Après ma dernière sortie désastreuse j’ai compilé cette aide-mémoire rando-raquettes pour me rappeler ce qu’il faut faire. Il s’agit d’un sommaire des principaux enjeux. Mais attention, ceci n’est pas un guide définitif à la rando-raquettes et la consultation d’autres sources d’information est indispensable.

En ce que concerne la sécurité, la rando-raquettes équivaut le ski. Au jour d’aujourd’hui beaucoup de stations de ski offrent des pistes dédiées à la pratique de la rando-raquettes. Hors de ces pistes vous êtes, en effet, dans le domaine de ski de randonnée. Soit, vous vous offrez un guide professionnel, soit vous regardez la situation de près.

Aide-mémoire pour la randonnée à raquettes dans les Pyrénées

  • Planification stratégique
    • Étudier plusieurs alternatifs pour être certain, le jour venu, d’en avoir un qui correspond à la météo et aux caractéristiques du groupe. Tenir un Plan B en cas d’inattendu.
    • Calculer la pente sur et aux alentours du sentier. Viser moins de 20° (37%) pour une sécurité maximale. La forêt dense peut aussi assurer la sécurité.
    • Repérer les zones avalancheuses sur Internet.
    • Repérer les ponts de neige possible, au-dessus des ruisseaux et sur le karst.
    • Le sentier, est-t-il bien fréquenté ? Sinon le trajet dans la neige fraiche peut prendre jusqu’à deux fois le temps prévu.
    • En cas de doute contacter un guide pro ou le PGHM (voir ci-dessous).
  • Météo
    • Suivre l’évolution de la météo pendant la semaine qui précède la sortie.
    • La veille, prendre des renseignements sur l’état de la neige, le vent et la température, sur Internet et par téléphone. Votre hébergement, la mairie (ayuntamiento en Espagne, ajuntament en Andorre) et la station de ski les plus proches sont des sources d’information indispensables.
    • Le jour J, prendre note des tendances météo.
    • La vitesse du vent et la couverture nuageuse sont aussi importantes que la température.
  • Savoir-faire du groupe
    • Se renseigner sur les compétences du groupe et adapter la sortie au maillon faible.
    • Pour les sorties plus exigeantes ne prendre que des personnes que vous connaissez bien en tant que randonneurs à raquettes.
  • Matériel
    • Je ne vais pas parler des ARVAs, pelles, sondes, crampons et piolets ici. Ma philosophie est d’éviter des zones où la pente est assez raide pour permettre les avalanches à couler.

L’avalanche en théorie

La pente

Aucune de mes trois histoires salutaires tourne autour du phénomène d’avalanche, mais il reste quand même le danger principal d’une randonnée à raquettes. Donc, aujourd’hui, quand j’organise une sortie neige, j’évite les zones à risque d’avalanche tout simplement. Je cherche des zones où, théoriquement, les avalanches sont impossibles. Cela veut dire que nous ne pouvons pas faire certaines des cimes les plus intéressantes, mais cela veut aussi dire que tout le monde rentre à la maison, et je ne passe pas le weekend en état de stress.

Justement, comment savoir où on est en sécurité ? Sur la plaine, évidement. Dans les Pyrénées, il existe peu de zones à la fois plates et assez élevées pour avoir de la neige, mais le Capcir et la Cerdagne sont parmi elles. Mais même en plaine il convient de se méfier d’une catégorie très spécifique d’avalanche : l’effondrement d’un pont de neige. Attention aux ruisseaux et au karst près de La-Pierre-St-Martin.

 

Pont de neige au Cirque de Litor, entre Gourette et Arrens-Marsous. La photo a été prise en été, mais imaginez la situation quelques semaines plus tôt quand la neige était plus étendue et la chute de 4m complètement cachée sous une couche de terre et de fougères.

Pont de neige au Cirque de Litor, entre Gourette et Arrens-Marsous. La photo a été prise en été, mais imaginez la situation quelques semaines plus tôt quand la neige était plus étendue et la chute de 4m complètement cachée sous une couche de terre et de fougères.

 

La forêt, elle aussi, octroie une bonne protection contre l’avalanche, à condition qu’elle est mature, que les arbres sont espacés de moins de 3m et qu’il n’y pas une pente très enneigée et raide juste au-dessus.

Restez sur les zones planes ou dans la forêt : voici le conseil que l’on nous a donné lors des deux stages que j’ai fait. Mais je n’étais pas satisfait. Cela veut dire quoi, exactement, plane ? 10° ? 20° ? Plus ? Je ne pouvais pas imaginer une avalanche sur une pente de 10°. Mais personne ne voulait s’aventurer sur ce terrain glissant. Pourtant, la sortie pratique se passait sur des pentes de 20°.

  • « La plupart des avalanches commencent sur des pentes de 30° ou plus. Si vous évitez ces pentes ainsi qu’un sentier qui passe en-dessous, le risque sera beaucoup amoindri. » Outdoor Education Papers
  • « Les zones où la pente est de moins de 25° sont généralement sûres, à moins qu’il y ait une menace provenant d’une grande pente raide au-dessus. » New Zealand Avalanche Advisory

La photo ci-dessous est particulièrement parlante

 

En-dessous de 25° pas assez raide pour glisser. 30°–45° zone avalancheuse. Au-dessous de 55° la neige ne tient pas

En-dessous de 25° pas assez raide pour glisser. 30°–45° zone avalancheuse. Au-dessous de 55° la neige ne tient pas

 

  • Les cartes sur GéoPortail prennent 30° pour le seuil du danger d’avalanche
  • Selon Météo France « Dans leur très grande majorité, les avalanches se produisent sur des pentes comprises entre 25° et 45°. »
  • Sur Camp to Camp on peut lire une longue discussion au sujet des pentes minimum. La plupart des intervenants voit le seuil entre 25° et 30°. Un seulement, Alex, a vu une avalanche sur une pente moins raide : « Pour moi c’était 20° environ. Début de saison, sous-couche archi-gelée des neiges d’été (en 2002 ça a neigé à 2800m pendant l’été) au glacier de l’Arselle Neuve (Pointe de Ronce en Haute-Maurienne). Deux plaques dures superposées de 20cm chacune ont glissé sur environ 200m, la pente était lisse (ni convexe, ni concave), à la fin ça terminait dans un chaos de blocs. Les plaques faisaient 100m * 100m environ, la vitesse était faible (je dirais 20km/h) pour une plaque mais suffisante pour brasser et terminer avec des accu de + de 80cm d’épaisseur. »
  • « Quand la neige est saturée d’eau (pluie ou dégèle), l’eau fait fondre les liens [entre les particules de neige] et les avalanches sont possibles même sur les pentes de moins de 20°. Dans l’arctique, quand le printemps arrive à toute vitesse la neige peut fondre partiellement et des avalanches eau-neige ont été observées sur des pentes aussi faibles que 10°. » Source.
  • Ailleurs on voit que seulement 1% des avalanches sont sur des pentes d’entre 25° et 30°. Il n’y a pas de chiffres pour les pentes de moins de 25°.

 

Pourcentage avalanches en relation à la pente

Pourcentage avalanches en relation à la pente

 

En somme, il me semble que l’on peut retenir 20° pour le seuil de déclenchement d’avalanches, mais il faut toujours se méfier car il y a des exceptions potentielles :

  • La situation où une sous-couche compacte et lisse en début de saison est couverte d’une plaque (le scénario d’Alex, ci-dessus).
  • Quand la neige est saturée d’eau en fin de saison.

Ceci dit, je crois que les pentes de moins de 20° ne sont pas propices aux avalanches. Ainsi 20° est devenu ma limite.

Quand je parle de pente, je veux dire :

  • La pente au-dessus du sentier.
  • La pente du sentier
  • La pente en-dessous du sentier. Une avalanche sur une pente raide peut entrainer avec elle la neige d’une crête en-dessus – voire d’une pente moins raide – là où vous marchez.
  • La pente en face sur l’autre côté de la vallée. Une avalanche, après avoir traversée le fond de la vallée, peut remonter l’autre côté.

Autres précisions

  • Neuf avalanches sur dix qui engendrent des fatalités sont provoquées par le poids de la ou des personnes sur la neige. Au moindre danger le groupe devrait se disperser avec un intervalle de 20m entre chacune. Mieux : éviter les zones avalancheuses.
  • La qualité de la neige (poudreuse, dure, gelée) et la profondeur jouent un rôle dans la vitesse de déplacement du groupe.
  • Une pellicule de neige peut cacher de la glace.
  • Une corniche peut cacher une pente raide.
  • Dans les nuages et dans la forêt la navigation est particulièrement difficile ; la neige aura couvert les balises. Un GPS est indispensable.
  • La rando-raquettes est beaucoup plus énergivore que la marche sur le même chemin, jusqu’à deux fois plus difficile. La vitesse maximale n’excède pas 2,5km/hr dans de bonnes conditions.
  • Il faut se munir avec deux bâtons avec rondelles de neige.
  • La température ressentie est plus importante que la température thermométrique.
  • Le savoir-faire et le matériel du groupe jouent aussi un rôle.
  • Un tuyau : les raquettes sont lourdes – les miennes pèsent 2,1kg la paire. C’est beaucoup ! Ainsi, si la neige peut soutenir votre poids, mieux vaut les attacher à votre sac à dos. (Une étude fait par l’Institute de Recherche de l’Armée Américaine en 1984 montre qu’un poids supplémentaire sur les pieds est cinq fois plus énergivore que le même poids dans le sac à dos.

La technologie à la rescousse

Organiser une rando-raquettes est devenu plus facile grâce aux logiciels et cartes libres de droits qui sont disponibles sur Internet. En voici une sélection :

On peut créer ses propres routes sur son ordi pour pouvoir déterminer les pentes. Vous trouverez aussi d’autres cartes gratuites sur Internet, mais il s’avère plus difficile de calculer la pente sans le logiciel GPS.

 

Réglette de mesure de pente pour carte au 1/25 000

Réglette de mesure de pente pour carte au 1/25 000

 

Pour ceux qui préfère les cartes imprimées, vous pouvez commander une réglette de mesure de pente pour carte au 1/25 000.

 

Pour savoir la pente exacte une fois à l’extérieur, rien de plus simple. Télécharger un app clinomètre pour votre mobile.

Pour savoir la pente exacte une fois à l’extérieur, rien de plus simple. Télécharger un app clinomètre pour votre mobile.

 

Un exemple pratique

 

Carte de la rando (8,5km). N en haut.

Carte de la rando (8,5km). N en haut.

 

La station de ski à Err-Puigmal est fermé depuis quelques années, mais la route est toujours déneigée jusqu’à Cotzé. Les pentes SO de Cotzé sont relativement abruptes (25°) mais, étant couvertes de forêt, la pente n’est pas un problème. La route que j’ai planifiée, en rouge sur la carte, a une pente maximale de 18° (voir ci-dessous).

 

Profile de la rando dans Basecamp

Profile de la rando dans Basecamp

 

Il y avait une zone à éviter : le versant SO de la Serra de l’Artiga crête (voir ci-dessous).

 

Zones avalancheuses près de la station d’Err-Puigmal. Au-dessus, la carte Géoportail, qui signale les pentes de plus de 30°. En-dessous, données de la carte d’avalanche.fr, basé sur témoignages, photo-interprétation et analyse de terrain

Zones avalancheuses près de la station d’Err-Puigmal. Au-dessus, la carte Géoportail, qui signale les pentes de plus de 30°. En-dessous, données de la carte d’avalanche.fr, basé sur témoignages, photo-interprétation et analyse de terrain

 

Informations utiles

Guides professionnels rando-raquettes

Cette liste n’est pas exhaustive. Si votre entreprise travaille avec des guides diplômés d’Etat, merci de me contacter.

Secours en montagne

  • Numéro unique d’urgence : 112 (France, Andorre et Espagne)

France

En France, c’est le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) départemental qui organise les secours et peut éventuellement donner un avis sur votre projet.

  • Bagnères-de-Luchon, Haute-Garonne (31), 05 61 79 28 36, Facebook
  • Oloron-Sainte-Marie, Pyrénées-Atlantiques (64) 05 59 10 02 50
  • Pierrefitte-Nestalas, Hautes-Pyrénées (65) 05 62 92 71 82
  • Savignac-les-Ormeaux, Ariège (09) 05 61 64 22 58, pghmariege@gmail.comSite non-officiel
  • Osséja, Pyrénées-Orientales (66) 04 68 04 51 03, Facebook

Espagne

En Espagne les secours en montagne sont organisés par la Guardia Civil

Andorra

En Andorre, c’est les sapeurs-pompiers (Grupo de Rescate de Montaña del Cuerpo de Bomberos) qui interviennent en montagne.

La météo dans les Pyrénées et risques d’avalanche

Convertisseur de pente

Degrés Pourcentage
10° 18%
20° 37%
30° 58%
40° 84%
45° 100%
50° 120%

 

À voir aussi, le convertisseur skitours

Cartes zones d’avalanches : France

Note sur les cartes françaises

L’appréciation Géoportail et avalanche.fr des zones d’avalanche est très différente (voir exemple ci-dessus) ! Elles montrent toutes les deux les zones où les avalanches sont à craindre mais selon des critères différents. Géoportail signale toutes les pentes de plus de 30°. Malheureusement l’un pourcent des avalanches qui se produisent entre 25° et 30° n’est pas pris en compte.

Par contre, avalanches.fr montre ces zones où des témoins ont signalé des avalanches (rouge) et ces zones où des photos aériennes et une analyse topographique suggère que des avalanches sont possibles (orange). Le problème avec cette carte est que seulement des zones aux alentours des stations de ski ont été repéré en détail. Il n’y a pas de cartes pour le massif du Canigó par exemple.

Cartes zones d’avalanches : Espagne et Andorre

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger... This entry was posted on mercredi, février 28th, 2018 at 12:51 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a comment below, or trackback from your own site.

One Response to “La randonnée à raquettes en toute sécurité (2) : techniques et technologie”

  1. […] C’est grave La randonnée à raquettes en toute sécurité (2) : techniques et technologie […]

More on walking in the Pyrenees

Leave a Reply

map of GR10

 
site designed by Archétype Informatique: création de site internet, Narbonne